La boxe, bien plus qu’un sport, c’est une voie vers le changement et l’émancipation. Rencontre avec Sidi, figure incontournable de la boxe dans le 10ème arrondissement.
Les premiers pas vers la boxe
Sidi rencontre la boxe de manière fortuite,
à l’âge de 13 ans :« On faisait du basket au gymnase, je suis monté à l’étage pour aller boire de l’eau et il y avait un cours de boxe. Et je suis tombé nez à nez avec mon futur entraîneur de boxe. Il m’a dit « vous faites quoi ici ? », puis il m’a dit « bah viens essayer ». C’était de la boxe thaïlandaise. C’est devenu mon entraîneur, Boumhi,
et ça a changé ma vie », se rappelle Sidi.
Sidi a obtenu 10 victoires sur 11 combats dans la catégorie semi-professionnelle. Il se souvient de cette époque comme si c’était hier «de la boxe archaïque à l’ancienne [rire], à cette époque il y avait encore cette image du sport de délinquant, de la violence, des quartiers, du 93… alors que la boxe a sauvé des gens, elle a formé des grands monsieurs».
Ce n’est pas tant les succès sur le ring qui marquèrent Sidi, mais bien l’impact positif que cette pratique a eu sur lui : «Pour moi, et pour beaucoup d’autres, la boxe a été un moyen de se construire, d’adopter une discipline et de devenir de meilleurs individus». Les bienfaits de la boxe, et en particulier de la boxe thaïlandaise - aussi appelée Muay Thai -, vont bien au-delà de la simple condition physique. Pratiquer ce sport renforce non seulement les muscles et améliore la coordination, mais développe la confiance en soi et la résilience mentale. Les combattants et combattantes apprennent à gérer la pression, à surmonter les obstacles et à se relever après les chutes, une force précieuse, non seulement sur le ring mais avant tout dans la vie quotidienne.
A l’origine, cet art ancestral thaïlandais, inventé au XVIème siècle, était réservé aux militaires, leur apportant technique et maîtrise de soi pour les combats. Au fur et à mesure que les années passèrent, la boxe devint une pratique sportive accessible et intégrée dans notre société.
Un engagement pour un sport accessible à tous et toutes
En 2009, Sidi décide de donner une nouvelle dimension à sa passion. Guidé par l’envie de partager sa pratique, il décide de proposer un atelier de boxe dans le 10ème arrondissement, où l’offre sportive de ce point de vue est alors limitée. Convaincu des bienfaits éducatifs et thérapeutiques de la boxe, il prône l’accessibilité de ce sport pour tous : « La boxe est bien plus qu’un sport, c’est un outil pédagogique puissant qui permet aux individus de développer leur force intérieure et leur confiance en soi », affirme-t-il. « Je leur ai dit qu’il ne faut pas voir la boxe comme une opposition ; c’est un accompagnement, c’est un outil pédagogique, ça permet aux personnes de faire un travail psychique et physique sur eux-mêmes ».
L’atelier de Sidi s’est d’abord concentré sur la boxe thaïlandaise, pour ensuite s’étendre à la boxe féminine, malgré les difficultés – à l’époque -, de faire accepter le sport de combat pour les femmes : « c’était une vraie problématique ». Il ajoute : « Il faut essayer de faire en sorte que les gens aient moins peur, que ce soit accessible. Depuis 20 ans maintenant, 120 femmes par an nous rejoignent, c’est vraiment une évolution », dit-il avec fierté.
Les ateliers de Sidi se passent dans un ambiance collective, mélangeant l’exigence d’un art et la rigolade d’un moment collectif et convivial. Une élève interrogée en fin de séance parle de l’importance du sport et de la boxe dans sa vie : «Ça dépend de ce que tu en fais, ça peut te donner une aisance stratégique, moi, ça m’a tenue dans ma vie, enfin sans la boxe je ne serais pas comme je suis aujourd’hui. Ce que me dit Sidi en cours, je l’applique aussi dans ma vie de tous les jours».
L’influence social de la boxe
L’action de Sidi ne s’arrête pas là. Au fil des années, il a su toucher de nombreuses personnes, notamment les jeunes du quartier, les accompagnant au-delà du ring, au-delà du cadre sportif.
J’ai rencontré des jeunes qui étaient sur le mauvais chemin, impliqués dans des activités criminelles ou confrontés à des défis personnels. La boxe leur a donné un sens, de la discipline, de la détermination et de l’estime de soi.
Sidi
La poursuite de l’interview nous amène à questionner Sidi sur son arrivée dans le quartier de Château-Landon, dans le dixième arrondissement. Il explique notamment les problématiques auxquelles il a dû faire face : « Quand je suis arrivé à Château-Landon, c’était un lieu compliqué, traffics et violences rentraient au centre, cela faisait du dégât. J’y ai amené la discipline de la boxe. En étant bénévole le dimanche, à l’origine, j’avais proposé l’ouverture du gymnase aux jeunes, pour qu’ils puissent faire du foot, du sport, de la boxe, gratuitement. Parfois, j’en recroise d’ailleurs. J’en vois qui ont réussi. Il n’y a pas longtemps, j’ai croisé un ancien de cette époque. Il a ouvert son restaurant à Sydney. Il était là les dimanches à traîner au gymnase tu vois ! [rires] ».
En 2016, Sidi propose à différents Afghans qui dorment sur les quais de l’accompagner faire du sport, prendre une douche aussi, grâce à l’association France Terre d’Asile : «Il y en a un, il est devenu athlète et je lui avais même fait son carnet de vaccination à l’époque. Il m’a appelé l’autre jour et m’a dit : “Merci Monsieur Sidi”. Aujourd’hui, l’athlète est devenu père et a su se construire un cocon familial stable et paisible.
Sidi parle beaucoup de ses élèves.
Il est très fier du parcours qu’ils ont entrepris et de la relation qu’il a avec eux. Sidi a accueilli des personnes très différentes dans son atelier de boxe, y compris des personnes atteintes d’autisme : « J’ai un élève qui était atteint de troubles autistiques et j’ai pu éveiller en lui un regain de confiance. Son autisme n’était plus ressenti comme un handicap au sein du sport ».
« J’accueille toutes sortes de personnes, des jeunes, mais aussi des mères de famille. Ils et elles sont proches de moi. Je ne privilégie pas la relation coach-élève. Ils savent que je suis le coach, je peux ainsi avoir un autre rôle pour eux. Je n’ai pas forcément d’objectifs, je ne recherche pas la perfection. En termes de pédagogie, je m’adapte ».
À travers sa passion pour le sport, Sidi continue d’imprimer sa marque sur la vie du quartier, sur les jeunes et les familles qui y vivent, une session de boxe à la fois, dans l’ombre du ring.
Entretien réalisé par Maud Perez, anciennement service civique au CRL10