Beaucoup de pianistes de jazz improvisent en chantonnant en même temps. Le plus célèbre d’entre eux est peut-être Keith Jarrett dont les gémissements nasillards doublent parfois fâcheusement les soli. L’écrivain et chroniqueur Alain Gerber les classait selon trois catégories : il y a ceux qui chantent ce qu’ils jouent au moment où ils le jouent ; ceux qui chantent avec une seconde d’avance les notes qu’ils s’apprêtent à jouer. Ceux, enfin, qui chantent totalement autre chose que ce qu’ils sont en train de jouer. Pas vraiment un contrechant ou un contrepoint, plutôt une divagation parallèle.
Ainsi en est-il du rapport entre le texte et la photographie. Le texte peut redoubler le contenu de l’image, la commenter, la révéler ou bien faire dériver la lecture de ce qui est représenté.
Les mots opèrent différemment de l’image. Celle-ci dépeint, ceux-là déroulent un fil. A eux la parole, à elle la vue. Mais les rôles s’équilibrent et se répartissent différemment dans le récit photographique, élaborant une forme de littérature visuelle.
Si la forme éditoriale est la première à laquelle on pense pour cette forme hybride, la mise en espace pose d’autres questions, toutes aussi passionnantes : circulation du regard, implication du corps, balance entre temps de lecture et déploiement ou concentration de l’image photographique. Avec une attention toute particulière au rôle du graphisme qui va lier le tout, créer la fluidité.
C’est dire combien une telle exposition ne travaille qu’à ouvrir des possibles et invite à une création joyeusement débridée.
- Salomé Zuili : Et surtout, la santé
- Karine Baptiste : Change slowly
- Bruno Dubreuil et Isabelle Paquet : Deux pour dire




