Autodidacte, Sébastien Leban traite, à travers son appareil, des conséquences du dérèglement climatique ainsi que des impacts sur les populations sous une approche humaine et sensible. En 2015, il se tourne vers l'île de Kihnu où abrite une des dernières sociétés matriarcales d'Europe. Fortement traditionalistes, les locaux cherchent à défendre leur tranquillité face aux touristes, attirer par l'île.
C'est en 2018, que le photographe rencontre Escale. Il décide de nous raconter l'histoire de ses populations à travers son prisme dans un enjeu de sensibilisation.
Une après-midi sur l'Île de Kihnu en Estonie
C’est un après-midi sympathique sur l’île de Kihnu, en Estonie. Cette petite île au large de la mer baltique abrite l’une des dernières sociétés matriarcales d’Europe. Lorsque je me suis intéressé à son histoire, on m’avait parlé d’une de ses doyennes : Virve. Une vraie star en Estonie ! Elle passe à la télévision, elle a un groupe de musique et de chant folklorique : elle est vraiment très connue. Par un heureux hasard, elle fêtait son anniversaire et j’ai été très gentiment invité à venir partager un verre à sa table. C’est à ce moment-là que j’ai pris cette photo. Je la trouve très représentative de la vie quotidienne rythmée par la fête. Cette communauté vit sur une île, il y fait très froid les deux tiers de l’année, il n’y a pas beaucoup de distractions, mais la collectivité sait faire la fête. Elle se saisit de n’importe quelle occasion pour festoyer : un changement de saison, un anniversaire, les solstices. Les chants et la danse sont des fondamentaux de sa culture. Ils font partie du patrimoine et sont le ciment de la vie de la communauté. Ici, Virve est assise sur une chaise, entourée par deux de ses filles en train de danser et de quelques membres de son groupe (avec lequel elle a fait le tour de l’Estonie) qui sont venus lui rendre visite pour son anniversaire.
Je me souviens avoir lu un article qui m’avait interpellé, à propos des sociétés matriarcales. Ce qui me plaisait concernant celle de Kihnu, c’était qu’elle vive sur une île, qu’elle soit coupée du monde, qu’il y ait donc une unité d’espace et de temps.
Il y a sûrement dans mon travail une récurrence, une sorte de tropisme à propos des îles. L’un des grands objectifs du centre culturel de Kihnu est de réduire l’afflux excessif de touristes, de protéger la communauté et sa quiétude. Chaque année, au début du mois de juillet, une grande fête draine beaucoup de visiteurs, mais le reste de l’année, les femmes veulent être tranquilles. C’est un sujet de discussion au sein de la communauté, certains souhaitent accroître l’ouverture afin de développer des emplois dans le secteur du tourisme, d’autres veulent préserver une vie tranquille et isolée.
Le sujet qui les préoccupe le plus est celui de la jeunesse. Les jeunes quittent l’île parce que l’on n’y produit pas suffisamment d’emplois et partent travailler sur le continent.
"Je pense que la curiosité est la base de notre métier : l’envie de voir des choses, de rencontrer des gens, de découvrir."
J’ai la volonté de raconter des histoires et de dispenser des messages. Je doute qu’un photoreporter change radicalement le monde, mais il peut y participer, par un travail de sensibilisation. Je m’intéresse depuis trois ans aux réfugiés climatiques, au dérèglement climatique et à son impact sur les populations. Je ne vais évidemment pas résoudre les problématiques liées au climat, mais j’essaie de dépeindre au mieux ce qu’il se passe à tel ou tel endroit.
Propos recueillis de janvier à juillet 2021
Entretiens et textes réalisés par Anaïs Deschamp