Sarah El Younsi, bien que conscience des drames qui existent sur terre, décide de « raconter des histoires porteuses d’espoir ». Choisissant parfois des sujets difficile en terme d’humain, elle arrive à porter une vision plus optimiste. Pour son photoreportage « Afghanistan, un jour le printemps ? » accueilli par Escale en 2016, elle rend compte d’un pays peinant à se relever après plus de trente ans de guerre. Revenons avec elle sur ce pays qui malgré tout réussit a se reconstruire notamment grâce aux jeunes générations.
Le projet était de raconter la vie de ces jeunes afghans qui choisissent de rester dans leur pays envers et contre tout
Envers la vague de migrations qu’il y avait, envers la montée des violences, envers les risques de kidnapping. Parce que lorsque l’on réussit, que l’on gagne de l’argent, on peut être victime de kidnapping.
J’ai rencontré un jeune homme, Eshan, une personne très impressionnante, qui travaille en conseil d’hydroélectricité. Son rêve était que l’Afghanistan soit indépendant, en matière de production électrique. Sachant que le pays dispose de nombreux cours d’eau, il voulait concevoir des barrages hydroélectriques. Il avait également fondé une école parce que, me disait-il « Tout commence par l’éducation. Les troupes étrangères américaines sont en train de partir et je veux vraiment que la relève, ce soit nous. J’ai beaucoup appris ‒ grâce à ces dix années de présence étrangère ‒, mais notre pays, c’est le nôtre. Ce sont nous, les Afghans, qui devons éduquer nos enfants ».
Il m’a invitée dans cette école mixte et privée qui était devenue une référence. En arrivant, je ne pensais pas prendre cette photographie. J’étais tout au fond de la classe, juste pour observer. Puis Eshan, qui était resté à l’entrée, me présenta. Les enfants se retournèrent vers moi. Je trouvais que le cadre était beau. Une institutrice face au tableau détourne légèrement le regard et les trois hommes entrent. Nous ne savons pas qui sont ces personnes, mais nous observons leur bienveillance, face à ce groupe d’enfants. Les filles et garçons sont mélangés, à leur pupitre. C’était un instant assez touchant qui racontait justement la progression de l’Afghanistan. Évidemment, c’était un pays très traditionaliste, mais dans lequel un immense progrès était en train de s’opérer. Être témoin de cela, au sein de la future jeune génération, m’a beaucoup touchée. J’ai alors appuyé sur le déclencheur.
Raconter le réel grâce à l'image
J’ai toujours adoré le cinéma. Très vite (je devais avoir 19 ou 20 ans), une ONG m’a proposé d’aller en Inde réaliser un petit reportage. Ce fut une révélation. Je me suis dit « c’est ça que je veux faire, je veux raconter le réel, je veux rencontrer des gens ». C’est ainsi que je suis allée vers le documentaire. J’ai ensuite réalisé beaucoup de photographies, qui étaient comme une étape préalable à la réalisation de mes films. J’ai vraiment trouvé ma manière de travailler : je commence des projets toute seule, je fais un peu de vidéos, mais surtout beaucoup de photos, cela me permet d’appréhender le terrain, l’espace. De plus, c’est parfois plus facile de rencontrer les gens par la photographie qu’avec une caméra.
Ce qui m'intéresse, c’est de photographier ou de filmer une plantation d’arbres plutôt qu’une décharge d’ordures
Ce qui ressort le plus dans mon travail, c’est de « raconter des histoires porteuses d’espoirs » parce que je suis quelqu’un de très optimiste. J’ai bien conscience des drames qui se jouent sur terre. Pour ma part, j’observe ce qui va de l’avant, en n’ayant pas d’œillères par ailleurs. C’est ce qui me touche vraiment.
Que ce soit des sujets comme ceux en marge du conflit en Afghanistan, touchant aux questions de l’identité, de la migration ou même de l’écologie, ma petite pierre à l’édifice et mon regard sont ceux-là : montrer que ça peut aller mieux, qu’il faut s’engager.
Propos recueillis de janvier à juillet 2021
Entretiens et textes réalisés par Anaïs Deschamp