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Entretien avec Elliott Verdier

Chaque année ce sont près de 60 000 mongols qui abandonnent leur mode de vie nomade ancestral pour la ville en quête de confort et modernité. Elliott Verdier, photographe décide de mettre en lumière ce phénomène par une série photographique "City Lights". Pour lui les reportages sont une manière de garder une trace, pouvant ouvrir d'autres horizons bien qu'ils ne puissent par métamorphoser un regard ou une perception. En 2017, Escale rencontre le photographe pour une exposition commune. ​

Une volonté de montre autrement la Mongolie

J’aime cette photographie d’un point de vue esthétique, le cadrage, les deux hommes. Ce reportage était une expérience assez marquante. Nous étions en train de remonter du fond d’une mine de charbon. Nous étions entassés dans ce qui ressemble à un cercueil en métal. C’était la première fois que j’allais dans une mine, à une dizaine de mètres de profondeur. C’était un moment impressionnant. J’ai toujours été attiré par les pays dont on entend assez peu parler dans la presse française. La Mongolie est un pays que l’on connait pour ses steppes, ses chevaux et ses yourtes. Bien au-delà de ces aspects touristiques, je voulais quant à moi parler d’Oulan-Bator, la capitale, de sa pollution, mais surtout de l’exode rural des nomades qui se sédentarisent aux abords de la ville. C’est ce qui m’a conduit là-bas. 

Une passion de longue date

Très jeune, je me suis intéressé à la photographie et je souhaitais voyager. Une infinité de raisons me pousse à faire ce métier. Je pense que tous les photographes sont instinctivement portés par des sujets qui leur sont chers et qui résultent d’une certaine construction. J’ai réussi à identifier au fil des années mes thèmes de prédilection : la résilience, la transmission intergénérationnelle et la mémoire. Ce sont eux qui orientent mon travail. 

"Le photojournalisme se veut objectif, mais je n’y crois pas. "

Beaucoup de photoreporters défendent encore cette notion d’objectivité, notamment à l’Agence France-Presse (AFP). Certains font ce métier en assumant leur place de simple témoin. 

Je pense que nous sommes portés par certains élans personnels que nous retranscrivons de manière inconsciente. Puisque la photographie est une forme d’expression, c’est par son entremise que ces élans s’expriment, dans mon cas. Je ne pense pas que mes images soient journalistiques. La photographie est un art, et au même titre qu’un reportage écrit peut être de la littérature, une photographie de reportage peut être artistique.

Quant à changer les choses avec un reportage, je pense qu’il y a certaines images iconiques qui font le tour du monde et qui peuvent modifier les perceptions. Mais je suis un peu désabusé de ce point de vue là. Mes reportages sont une manière de garder une trace de ce qu’il s’est passé, de personnes que j’ai rencontrées. Ils informent et peuvent ouvrir d’autres horizons. Cependant, je ne pense pas qu’un reportage puisse métamorphoser un regard ou une perception, c’est un ensemble plus fort ou plus profond qui opérera ce changement.

Propos recueillis de janvier à juillet 2021
Entretiens et textes réalisés par Anaïs Deschamp