Racontez le monde autrement. C'est l'objectif que s'est fixé le photojournaliste Nicolas Gallon. Par sa série "Préparation de l’équipe de France handisport", il souhaite rendre visibles ses sportifs souvent relégués dans les marges des Jeux olympiques. Il met en lumière et esthétise leurs techniques, leur équilibre et plus encore leur force... Cette série, Escale a décidé de l'exposer. En 2013, Nicolas Gallon franchit les portes de la Grange aux Belles et nous dévoile sa vision du monde. Aujourd'hui, 10 ans plus tard, il revient sur la série avec nous.
Une immersion au sein de l'équipe de France handisport pour visibiliser la beauté de leurs gestes
Cette photographie est issue d’un reportage sur la préparation de l’équipe de France handisport pour les Jeux paralympiques de Pékin, sur lequel j’ai travaillé pendant six mois. J’ai suivi les athlètes durant leurs stages de préparation. Je ne travaille pas sur des événements « à chaud », plutôt sur l’avant ou sur l’après. J’ai donc souhaité que ce reportage montre les efforts et le travail préparatoire des athlètes plutôt que l’événement en lui-même.
Je trouve que cette photographie est une parfaite synthèse du sujet. Ce sportif est un athlète de haut niveau. Pour courir, il utilise un système qu’on appelle « lame », qui remplace la partie de la jambe allant du genou jusqu’au pied. C’est tout un travail technique pour l’athlète : pouvoir réussir à gérer la puissance de cette lame et assurer l’équilibre de tout le corps, afin qu’une jambe ne soit pas plus puissante que l’autre et pouvoir gérer les propulsions.
J’apprécie cette photo parce qu’elle est représentative de ma manière de travailler. Je vois ce sportif en train de faire ses tours de piste, je vois le lieu, ce décor avec les lignes de course, ce paysage assez plat derrière. Il passe une première fois, je me mets en position. J’attends qu’il passe une deuxième fois, et je déclenche. Sur la planche contact, j’avais deux photos : celle-ci et une autre, prise lors du tour précédent. Je trouvais cet effort assez beau à voir. C’est le moment où il pose cette jambe amputée avec cette impulsion qui rend cette image intéressante. J’aime aussi la déformation du bout des doigts qui semblent très allongés.
L'humain au coeur de son travail de photographe
Pour choisir mes sujets, je suis nourri par beaucoup de sources. Par les actualités mais aussi par mon vécu. Je me rappelle que, quand j’étais enfant, ma mère me disait qu’elle ne trouvait pas normal qu’on différencie des Jeux olympiques dits valides des Jeux paralympiques. Tous ces faisceaux d’informations et de constructions ont fait qu’à un moment je m’y suis intéressé. Je voulais essayer de regarder et mettre en lumière ce monde relégué dans les marges des Jeux olympiques. J’ai beaucoup travaillé sur le handicap physique, puis j’ai changé de champ d’action. Cela fait bientôt six ans que je travaille sur la question de l’énergie nucléaire en France.
J’ai toujours été intéressé par la question humaine. L’humain a toujours été au centre de mon travail. Je regarde de quelle manière la société traite les minorités, qu’elles soient sociales, raciales, sexuelles ou physiques. Cela permet une bonne compréhension de la manière dont une société considère l’entièreté de sa population.
La photographie, une démarche de tous les instants
Être photographe, c’est regarder le monde de manière différente, c’est avoir la capacité d’aiguiser son œil, de porter un regard singulier sur un fait. Nous sommes confrontés aux événements. Nous sommes forcément plus sensibles à certaines thématiques.
Je lis la presse en permanence et je me pose toujours la question face à un événement : « Qu’est-ce que moi, en tant que photojournaliste, je pourrais apporter en termes de témoignage, aux personnes qui pourraient voir mon reportage ? ».
Notre métier nous pousse à regarder les événements de façon critique et à proposer un regard singulier sur le monde.
Propos recueillis de janvier à juillet 2021
Entretiens et textes réalisés par Anaïs Deschamp