Maureen Ragoucy utilise son appareil photo comme passeport à la rencontre. A travers ses photographies, elle tente de faire dialoguer les cultures. Sa série « Rue de la République » exposé en 2012 à la Grange aux Belles dans le cadre d’Escale, témoigne de cette envie en proposant une immersion au sein de la vie quotidienne de personnes vivant ou travaillant Rue de la République. Chaque photographie est accompagnée d’un entretien qui se sont déroulés dans huit villes, choisies de manière aléatoire, dans des espaces privés ou publics. Maureen, par cette exposition, met en évidence la diversité des individus et leur confrontation avec l’inconnu
La notion de res publica
Cette image (cinquième image ci-dessus) est issue d’une série intitulée Rue de la République qui comprend une soixantaine de photographies et de textes recueillis dans des espaces privés et publics en France et à l’étranger. Celle-ci a été prise Avenue de la République à Bamako, au Mali. Elle dépeint le quotidien d’un commerçant bamakois.
J’ai souhaité travailler sur la notion de République, terme dont l’étymologie latine res publica signifie la chose publique, le bien public. Cette notion se situe au croisement du collectif et de l’individuel, de l’intime et du public. Elle est le dénominateur commun d’un peuple. Mon intention était d’aller à la rencontre de personnes vivant ou travaillant, rue, avenue ou place de la République, de les photographier et de contextualiser le hors champ de la photographie par l’écriture d’un texte succinct. Mes premières rencontres ont eu lieu dans différentes villes en France. J’ai ensuite développé le projet dans d’autres pays : Mali, Sénégal, Brésil, Italie, Bénin afin d’interroger cette notion de République, propre à chaque territoire.
Une approche documentaire pour faire dialoguer les cultures
Mon approche est souvent multiple et mes sujets se déploient sous des formes variées ‒ installations, photographies, livres, films et parfois documents d’archives ‒ dans une volonté constante de construire des récits auxquels j’associe les personnes photographiées en tant qu’actrices de ma démarche, tentant de leur donner une voix et de mettre en oeuvre les moyens de la transmettre.
La question du déplacement et de l’exil est au centre de mes préoccupations, mon approche documentaire vise à faire dialoguer les cultures et à identifier les héritages mémoriels, culturels, familiaux et linguistiques. Le départ, le retour, la mémoire, l’identité et l’intimité deviennent prétexte à la rencontre des autres, en France et à l’étranger.
L'appareil photographique comme témoin de la réalité, entre mythe et désillusion
Je documente le réel, qui oscille entre rêve et réalité, mythe et désillusion, fantasme et vérité. Mon appareil photographique me sert de passeport à la rencontre. Mon objectif isole mon sujet pour révéler sa particularité, sa singularité, son originalité ; mes entretiens dévoilent l’invisible, l’indicible. Ce qui me motive, c’est la nécessité de comprendre et de dire. Les histoires personnelles et intimes que je recueille entrent alors dans le champ de l’histoire collective, du patrimoine vivant et oral que je tente de sauvegarder.
Propos recueillis de janvier à juillet 2021
Entretiens et textes réalisés par Anaïs Deschamp