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Entretien avec Rafael Catanheira

Rafael Castanheira, photoreporter, a suivi pendant six ans l’application du processus de conservation environnementale qui a lieu dans le district de Maraã (État d’Amazonas au Brésil). Aujourd'hui, il revient sur son travail, 8 ans après son exposition à la Grange aux Belles.

La pêche des pirarucus

La pêche dont traite ce reportage suit des règles de conservation. Elle est, dans cette région, réalisée par une colonie de plus de 500 pêcheurs. Cette photographie (première photographie ci-dessus) montre le nombre de personnes qui travaillent sur un tel projet. Cette image porte en elle l’aspect social mais aussi l’aspect naturel, l’environnement de cet endroit qui est très beau, préservé, conservé. J’ai travaillé comme journaliste pour l’Institut de développement durable Mamirauá et pour la réserve du même nom. Cet institut est composé de biologistes qui, conjointement avec les pêcheurs, préconisent des réglementations. À l’époque, je réalisais différents reportages. Puis le président de la colonie m’a invité à travailler sur la pêche des pirarucus. Il n’y avait aucune documentation photographique sur cette activité. J’ai commencé à écrire et à prendre des photographies de façon très modeste, puis j’ai emménagé dans la région, où j’ai vécu plus de cinq ans, en participant à toutes les activités des pêcheurs. Le projet a progressivement pris une dimension beaucoup plus importante que ce que j’avais imaginé au départ.

 

En tant que photographe, l’une des difficultés essentielles que j’ai rencontrées est que les activités se déroulaient sur l’eau, sur des petits bateaux de bois. C’est la tradition des Indiens d’Amazonie. La question décisive pour les photographes, c’est celle de l’endroit et du temps. Sur ces petits bateaux, il est difficile de décider du meilleur endroit pour prendre une photo et pour cadrer. L’humidité est également à prendre en compte. Dans ces conditions, il est vraiment difficile de maintenir ses équipements au sec.

Les images ont le pouvoir d'élargir l'imaginaire des personnes

Celles-ci se sont retrouvées exposées partout dans la région. Non seulement en Amazonie, mais aussi au Brésil et beaucoup plus loin, comme à Paris.
Cette espèce de poissons est présente dans toute la région de l’Amazonie, qui englobe d’autres pays comme l’Équateur, le Pérou, la Colombie ou le Venezuela. Je pense que ces photographies ont aidé à promouvoir ce projet de coopérative et ce modèle de pêche, dans d’autres régions amazoniennes.

Pour certains, la photographie numérique n’est pas une photographie, mais une image. Je ne suis pas vraiment d’accord avec cette conception-là. Pour autant, je travaille en argentique car l’esthétique est vraiment différente, en vertu du grain caractéristique. C’est très important pour moi. Il est également question des rapports humains. Lorsque l’on possède un appareil photo argentique, la relation avec les gens que l’on photographie est particulière.

J’utilise l’appareil photo pour développer des relations. Cela m’aide beaucoup à m’approcher des autres. Même s’il y a des milliards d’images partout, je crois qu’il est toujours possible de prendre des images singulières, qui feront la différence aux yeux de qui les découvrira. Les images ont le pouvoir de détruire, mais aussi de construire. Il faut choisir le bon discours, le bon langage pour dire les choses. L’image photographique est un moyen pour le faire. Il s’agit toujours d’un regard personnel, même si ce sont des images documentaires. Les documents ne sont pas la vérité, ils dépendent de notre capacité à les regarder et à utiliser leurs sens possibles.

Je ne pense pas que ce soit moi en tant que photographe qui confère aux image leur sens,
mais plutôt celui qui les regarde, qui en fonction du contexte, y ajoute son expérience et son vécu.

Propos recueillis de janvier à juillet 2021
Entretiens et textes réalisés par Anaïs Deschamp