Un animateur pas comme les autres, pour des ateliers d’échecs pas comme les autres.
Le parcours de Camille
Après son Bac, Camille Leherpeur part étudier à l’école de La Cambre, en Belgique. Réputée pour sa pédagogie inspirée de l’école du Bauhaus, Camille y apprend à penser différemment, notamment en rejetant toute hiérarchisation entre les Beaux-Arts et les arts appliqués.
Fils d’un père menuisier et d’une mère artiste peintre, cette idée résonne en lui et il cherchera plus tard à en faire le maître mot de sa pédagogie. Grâce à cet enseignement, il développe une attention particulière aux objets qui l’entourent comme le mobilier, les livres et éventuellement, les pièces des échecs.
En outre, Camille retient de ses études à La Cambre la remise en question du « maître explicateur », une manière d’apprendre qui ferme plutôt qu’elle n’ouvre, et se tourne vers la notion du « maître ignorant », que l’on doit au philosophe Jacques Rancière. Celle-ci invite à penser que les élèves apprennent de leurs professeur·e·s autant que les professeur·e·s apprennent de leurs élèves. De cette manière, l’enfant assimile les notions de manière plus active et s’émancipe.
Les echecs
Camille propose des ateliers d’échecs aux plus jeunes tous les mardis à l’espace Jemmapes. Dans le cadre de ces ateliers, il introduit l’apprentissage de ce jeu de stratégie par le biais d’une question simple : comment peut-on se gouverner soi-même ? Ou encore : comment apprendre à gouverner ses émotions. Camille mène ses élèves à développer une vision d’ensemble de leur jeu et à guider leur réflexion.
Un élément central de l’apprentissage des échecs pour Camille est la compréhension de la convention.
Cette convention, qui est indispensable au bon déroulement d’une partie puisqu’elle informe des règles, donne donc un cadre et stipule notamment le nom des pièces et leur emplacement et modes de déplacement sur le plateau. Camille enseigne aux élèves qu’il a existé différentes conventions au cours de l’histoire, lesquelles évoluent avec le temps.
Jacques Rancière
Philosophe français né en 1940 à Alger, Jacques Rancière travaille principalement sur la politique et l’esthétique. Professeur émérite en 2000, il enseigne à l’Université de Paris VIII jusqu’à sa retraite. En 1987, il publie Le Maître ignorant aux Éditions Fayard où il déterre la théorie de l’émancipation intellectuelle avancée par le pédagogue français Jean Jacotot. La méthode d’enseignement du «;maître ignorant » ou « méthode Jacotot » postule que chacun est en mesure de s’instruire de manière autonome. Elle propose ainsi d’« émanciper les intelligences », mais encore plus, de ne pas les hiérarchiser.
La Chose publique
La Chose Publique, à l’image de son créateur, est un jeu de société peu banal : ni pion, ni dé, ni carte, tout se fait avec l’esprit !
En juillet 2022, Camille sort La Chose Publique aux Éditions Les Murmurations. Le jeu se présente sous la forme d’un « paysage » au-dessus duquel se distinguent cinq figures personnifiant des archétypes de pensée : le Masque du prêtre, qui symbolise le pouvoir spirituel ; l’Hygiène, inspirée des politiques sanitaires ; le Somnambule, qui est perdu et erre dans les carrefours du paysage ; le Masque mortuaire, aussi appelé le Mortifère ; le Globe naturagère, qui représente la pensée écologique. La Chose Publique est un jeu de rôles allégorique où les participant·e·s choisissent d’interpréter un de ces cinq archétypes en fonction de leurs propres sensibilités. Toutefois, le paysage comporte un problème majeur : à l’image de ce que nous avons connu ces dernières années, il est en état d’urgence et est dénué de toute législation de droit commun. L’objectif des joueur·se·s est alors de se réunir en congrès et de faire campagne afin d’élire un.e nouveau·elle législateur·trice. De ce fait, La Chose Publique est un jeu qui apprend à gouverner ensemble par l’incitation à la discussion.
C’est un jeu de rôles allégorique, libre et émancipateur
Camille nous confie qu’une deuxième édition de son jeu questionnera la création de la loi. Ainsi, dans La Chose Publique comme dans sa pratique des échecs, il est question pour Camille de comprendre de quoi sont faites les règles du vivre ensemble et comment elles sont fabriquées.
Le Bauhaus
L’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre est une des principales écoles d’art et de design en Belgique. Fondée en 1927 par l’architecte et décorateur belge Henry Van de Velde, elle fermera ses portes en 1915 pour les rouvrir en 1919 grâce à l’architecte et urbaniste Walter Gropius. Son mot d’ordre : aucune hiérarchisation entre les arts « majeurs » et les arts « mineurs », donc entre l’architecture, la peinture ou la sculpture et le design, la mode ou le graphisme. Le Bauhaus, surtout connu pour son implication dans le domaine architectural, est également très influent dans le domaine des arts appliqués en se distinguant comme précurseur du design contemporain.
Le Bauhaus cherche à révolutionner les formes.
Le Bauhaus vise à ce qu’il n’y ait pas de hiérarchie entre celui qui fabrique le tableau et celui qui fabrique le papier peint.
Entretiens recueillis par Nausicaa (anciennement en service civique au CRL10)