Au printemps 1871, Paris est le théâtre d’un soulèvement sans précédent : la Commune de Paris. Le soulèvement n’est pas anodin. Deux événements en sont la cause : la défaite de la France face à la Prusse et la famine qui afflige la population. Le peuple rêve de changements et d’améliorations. Guidée par une coalition entre ouvriers et intellectuels, tous unis pour défendre les intérêts du peuple, la Commune s’élève.
Les femmes ont joué à un rôle crucial lors de cette révolte. Engagées dans les combats, elles défendaient les barricades aux côtés des hommes. Mais leur contribution ne s’arrêtait pas là : elles furent également actives sur le plan politique, aux chapitres des soins médicaux et de l’organisation du quotidien désorienté pendant la Commune.
L’Union des femmes, pilier de la Commune
Pendant la Commune, en 1871, alors que la ville était plongée dans les combats de la révolution, une dynamique émerge au cœur des femmes parisiennes : l’Union des Femmes pour la Défense de Paris et les Soins aux Blessés. Cette association, souvent méconnue, a été essentielle. Fondée le 11 avril 1871 et composée de femmes d’origines sociales et économiques diverses, à une époque où les femmes étaient souvent laissées aux tâches domestiques et subalternes, l’Union surprend en prenant une part active dans la révolte. L’organisation prend place au sein de l’ancien bâtiment de la mairie du 10ème arrondissement, une plaque y est d’ailleurs aujourd’hui inscrite en hommage à ces combattantes.
L’une des principales missions de l’Union était de dispenser des soins médicaux aux personnes blessées sur les barricades. Parmi les membres fondateurs de l’organisation, on retrouve Louise Michel, militante révolutionnaire pour l’égalité des sexes, Nathalie Lemel, ancienne ouvrière brodeuse devenue militante révolutionnaire, et Elisabeth Dmitrieff, militante russe venue soutenir la cause des travailleurs parisiens. Ensemble, elles défendent le travail des femmes et élaborent un programme de reprise des ateliers abandonnés pour les remettre aux mains des ouvrières, tout en appelant toutes les femmes à combattre sur les barricades.
L’Union revendique de nouveaux droits fondamentaux, tels que l’égalité des salaires hommes–femmes, l’éducation pour les filles comme pour les garçons, la laïcité dans les écoles et les hôpitaux, l’organisation des chambres syndicales pour les femmes mais aussi le droit au divorce.
C’est la première fois dans l’histoire du mouvement féministe qu’une organisation réunit un nombre significatif de femmes, parmi lesquelles de nombreuses ouvrières, offrant ainsi à chacune l’opportunité de participer activement à la vie citoyenne.
Le 28 mai 1871, après des semaines de luttes acharnées et de bouleversements, la Commune de Paris est brutalement réprimée par les forces gouvernementales françaises. Dans cette répression sanglante, cinquante-deux femmes périssent sur une barricade, à quelques pas de la mairie du 10ème.
La Commune de Paris demeure - aujourd’hui encore -, un chapitre essentiel et captivant de l’histoire française. Au-delà de l’histoire des combats, elle incarne un idéal intemporel de résistance et de lutte pour une société plus juste et égalitaire.
L’Union des femmes comme inspiration des mouvements féministes modernes
Le souvenir de l’Union des Femmes demeure un témoignage inspirant du combat et des luttes des femmes dans l’Histoire.
Nombre des combats de l’Union des femmes seront fondateurs des grandes orientations du féminisme du début du XXème siècle, qui fleuriront en Europe à travers des figures radicales de la pensée socialiste, communiste, syndicaliste ou anarchiste ; et aux États-Unis, avec le mouvement des suffragettes notamment, qui pointeront tour à tour les grandes thématiques citoyennes, juridiques et économiques qui fondent - par principe -, le plaidoyer du féminisme moderne.
Aujourd’hui encore, le combat féministe reste une lutte quotidienne, objet d’une veille scrupuleuse et nécessaire. En France, une étape historique a été atteinte le lundi 4 mars 2024, trois jours avant la date annuelle de la Journée Internationale des Droits des Femmes : la France inscrit dans sa Constitution le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), devenant ainsi le premier pays au monde à en faire un fondement intangible du contrat social.
Simone de Beauvoir, philosophe existentialiste et féministe française avertissait déjà en 1974 : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ».
Ce changement majeur pourra ainsi permettre de protéger le droit à l’avortement «pour toujours», sans égard aux particularismes et desseins politiques des gouvernements qui se succèderont.
Article réalisé par Maud Perez, anciennement service civique au CRL10