L’espace médiatique s’est considérablement élargi ces dernières année et continue de se transformer avec l’apparition de nouveaux canaux de diffusion, notamment les réseaux sociaux. Si l’aisance d’accès à l’information est un progrès indéniable, la facilité à produire et diffuser largement des contenus nous invite à redoubler de vigilance et à outiller et former les citoyens - plus particulièrement les jeunes - pour un traitement conscient de l’information.
Cette sensibilité à l’éducation aux médias et à l’image s’est renforcée au CRL10 avec la création d’une WebTV et d’une WebRadio, permettant aux jeunes de s’initier au fonctionnement de ces pratiques médiatiques. C’est dans cette continuité que l’association a résolu de s’associer à la programmation thématique de la bibliothèque François Villon, «Les médias, ça nous regarde!», de janvier à mars 2024.
Dans une ère où l’information est omniprésente, où les médias jouent un rôle central dans la formation de l’opinion publique, où l’information nous parvient rapidement et facilement sur les réseaux sociaux, l’éducation populaire apparaît comme un levier essentiel pour permettre à chacune et chacun de développer un regard critique et avisé sur les contenus médiatiques qui les entourent.
De ce constat advient la nécessité pour des institutions publiques telles que le CRL10 ou la bibliothèque Francois Villon de former les citoyens à décrypter les médias et les images qui façonnent leur perception du monde. L’éducation populaire, en tant que valeur d’autonomisation des citoyens, doit désormais intégrer pleinement l’éducation aux médias et à l’image pour répondre aux défis contemporains de notre société démocratique.
«Les médias, ça nous regarde !» est un cycle proposé par la bibliothèque François Villon en partenariat avec les centres Paris Anim’ du 10ème. Il vise à doter les citoyens, notamment les plus jeunes, d’outils pour analyser et comprendre les informations qui les entourent. Analyser une information, c’est savoir la contextualiser, comprendre dans quels enjeux médiatiques elle se situe et la comparer avec d’autres notions.
Disposer de ce bagage réflexif permet d’affiner l’esprit critique des jeunes citoyens et de les rendre aussi responsables et concernés par ce qui se passe dans notre société.
Le cycle a été pensé de manière à travailler sur la pluralité des formes médiatiques en proposant des ateliers pratiques et des conférences thématiques. : des initiations aux techniques et outils de l’image et du son, des séances de réflexion autour du photojournalisme, de la télévision ou encore de la radio.
Le photojournalisme donc tout d’abord, avec la rencontre de deux photojournlistes : Jennifer Carlos et Adrienne Surprenant. Le reportage photographique informe, rapporte, commente et provoque. Leurs expositions, respectives, «Le Retour» et «Pays sans sommeil», organisées au centre La Grange-aux-Belles, traitent des trajets migratoires et de conflits ethniques. Ces rencontres sont l’opportunité de comprendre une réalité donnée (et son reflet à travers une image) par le biais d’un contact humain, du regard d’un professionnel qui a une expérience et défend un positionnement social, politique et esthétique.
Des parcours «découvertes», pour les jeunes, ont aussi été proposés afin de comprendre le fonctionnement d’un plateau de télévision. De même, la possiblité de participer à des ateliers «création de podcasts», avec une séance dédiée à l’action collective «Culture Club», organisée chaque mois à la bibliothèque. Des conseils de lectures, sous la forme de mini-séries audio éditées par les lecteurs petits et grands, vont aussi être proposées au téléchargement, via un QR code. A découvrir très prochainement.
Afin d’être en accord avec les enjeux actuels du numérique, le cycle a été complété par des ateliers pour apprendre à protéger sa vie privée sur internet et à utiliser avec pertinence et esprit critique les moteurs de recherche. D’autres ateliers ont eu la vocation de savoir identifier la manipulation des informations : fake news et trucage de l’image.
En parallèle avec ces activités riches en expériences, le cycle a enfin mis un point d’honneur à construire des rencontres et débats autour des défis contemporains et citoyens de l’image et des discours. Le cycle a d’ailleurs été inauguré par la problématique centrale de l’indépendance des médias, portée par la rencontre entre la journaliste Pauline Perrenot et l’avocat Benoit Huet, tous deux auteurs du livre «L’information est un bien public».
En un mot, cet ambitieux projet de cycles et rencontres a pour objet d’apporter aux jeunes citoyens une meilleure compréhension du monde, d’aiguiser leur regard critique et de montre aux plus jeunes leur légitimité à prendre la parole sur des sujets contemporains, mais aussi à contrôler leur image et ne pas subir les contrecoups d’une information multiple et abondante, accessible mais toujours plus dense.
Entretien réalisé par Maud Perez, anciennement service civique au CRL10