En 2024, pour la deuxième année consécutive, à travers l’émission Olympic Channel, le Collectif Hip & Hop offre une tribune aux jeunes des quartiers du 10ème et 19ème arrondissements de Paris. Derrière les caméras et les micros, ces jeunes journalistes partagent leur histoire nourrie par l’influence de figures sportives locales qui, tels des héroïnes et des héros, sont de véritables modèles pour eux.
Le collectif Hip et Hop !
Nous rencontrons Clothilde et Angèle en fin d’après-midi, dans le petit café «Le Lutétia» près du quartier Granges aux Belles, dans le 10ème arrondissement. Souriantes et chaleureuses, elles expliquent avoir toutes deux des parcours professionnels liés de près à la vidéo.
Clothilde, aujourd’hui comédienne-réalisatrice, vient d’un quartier populaire, qu’elle déplore être dénué d’infrastructures et d’activités culturelles. Lorsqu’elle intègre une école des Beaux-Arts, elle remarque une différence entre elle et ses camarades : «Je n’avais pas les mêmes références culturelles que les autres, j’ai pris du temps avant d’avoir les codes».
Angèle quant à elle s’est formée à l’école Nationale Louis Lumière avant de devenir vidéaste. Elle oeuvre activement à former les jeunes aux différents outils audiovisuels dont ils auront besoin, de la caméra au son du plateau radio.
En 2017, avec Martin Lenzoni, elles décident de co-fonder l’association Hip & Hop. Depuis maintenant un an, l’association s’investit dans le projet Olympic Channel, une émission sportive créée par les jeunes pour les jeunes. L’objectif est de concevoir avec eux, des reportages sportifs mettant en lumière les athlètes locaux du 10ème et 19ème. Clothilde explique : «Je voulais que les enfants fassent des reportages sur ce que les plus grands font pour les jeunes, inverser les regards».
Les reporters en herbe s’inscrivent au projet en passant par les associations de quartier comme le CRL10. Ils réalisent l’émission du début à la fin : interviews des athlètes, captations vidéo, choix du cadre et conduite des interviews. à la fin de l’année, l’association organise un plateau TV où les jeunes peuvent projeter leurs reportages et inviter les athlètes. Ici aussi, ils s’occupent de tout, notamment de la régie du plateau TV.
Former les jeunes aux outils caméra et développer un point de vue réflexif sur leur pratique sportive car c’est aussi un sujet de société
Un cinéma qui répare
L’idée d’Olympic Channel découle d’un double constat : le manque d’infrastructures culturelles pour les jeunes et une image négative des quartiers omniprésente dans les médias nationaux traditionnels. Pour Angèle «Les médias mainstream diffusent une image des quartiers populaires hyper négative, qui a un impact sur la confiance des jeunes ». Comment peut-on grandir quand on nous assigne à une place marginalisée ?
Derrière l’émission, derrière la réalisation de reportages par les jeunes sur leur environnement, l’objectif principal est de leur permettre de se réapproprier l’utilisation des médias pour qu’ils puissent développer l’expression de leur propre point de vue. Selon Clothilde : « Réaliser ses propres films donne de la fierté et diffuse une image positive des quartiers populaires. Je le définis comme du cinéma qui répare ».
Olympic Channel ambitionne de donner aux jeunes les outils pour reprendre le contrôle des discours liés à leur environnement et à leur image, afin de « redéfinir les récits médiatiques ». Montrer le positif et la douceur des territoires populaires, c’est aussi donner de la fierté aux habitants, montrer les solidarités qui s’y travaillent et les héros du quotidien.
Avec ce projet et en le mettant sur les réseaux, on met en avant la culture des jeunes, on dit que cette culture est légitime, qu’elle raconte quelque chose et qu’elle est tout aussi intéressante
Olympic Channel aux JO’
Angèle se déroule au gymnase de la Grange aux Belles, où les jeunes de l’émission commencent à s’installer pour interviewer les basketteurs de l’arrondissement, en plein entraînement. En installant le matériel pour la jeune Jade, Clothilde explique avec fierté que les reportages de l’année vont être diffusés à l’espace de festivités des Jeux Olympiques : «On va pouvoir voir nos athlètes du quotidien sur les mêmes écrans que les athlètes des JO !».
Pour l’association Hip & Hop mais encore plus pour les jeunes du quartier, cette opportunité témoigne de l’importance que prend l’association et son rôle légitime dans ces quartiers.
Entretien réalisé par Maud Perez, anciennement service civique au CRL10