Paris. Métro Barbès-Rochechouart. Ce grand immeuble aux allures de château pharaonique attire l’œil, au sein de ce quartier animé du 10ème arrondissement. Temple historique du cinéma, c'est «Le Louxor». Bien plus qu’un cinéma de quartier, il est aujourd’hui une icône culturelle de la capitale. Plongeons dans l’histoire fascinante de cet antique cinéma et découvrons comment ce monument emblématique fut sauvé de la destruction grâce aux habitants du quartier.
La création d’un antique cinéma devenu emblématique du 10ème arrondissement de Paris
Aujourd’hui, monument historique de Paris, l’histoire du Louxor est bien singulière. Inauguré le 6 avril 1921, il est érigé au milieu du quartier Barbès, à l’angle de deux grands boulevards, bénéficiant d’une large visibilité. Trois hommes sont à l’origine du projet : Henri Silberberg, homme d’affaires, Henri Zipcy, architecte et Amédé Tiberti, peintre décorateur italien.
Une des premières salles totalement dédiée au cinéma en France
Remettons les choses dans leur contexte : en 1921, le cinéma commence à se populariser. Aller au cinéma est une expérience à part entière. C’est comme aller au spectacle. On ne va pas juste «voir un film», on «va au cinéma !». L’arrivée du Louxor tombe alors à point nommé, d’autant plus que son architecture plonge d’emblée le public dans un tout autre environnement, le faisant s’évader, le temps d’une pellicule.
Une architecture orginale inspirée des découvertes archéologiques du début du XXème siècle
Dès l’entrée dans le bâtiment, nous sommes plongés dans un univers presque magique. Inspiré de la tombe de Toutankhamon et des recherches archéologiques associées, passionnément en vogue à l’époque, l’architecture du Louxor innove par son orginalité, mêlant Arts Décoratifs et représentations égyptiennes, attirant l’oeil au milieu des rues fourmillantes de Barbès. Le dépaysement est total : des couleurs vives, des chapiteaux aux formes variées, des têtes de pharaon, et un plafond lumineux rappelant le soleil brûlant la surface du célèbre Nil. Sa première salle de projection est alors décrite comme « luxueuse, spacieuse, une des plus belles de Paris ». À cette époque où le cinéma est encore muet, le Louxor possède une fosse dans laquelle le grand orchestre trouve place pour initier un spectacle immersif, à la fois visuel et sonore.
Luxueuse. Spacieuse. Une des plus belles salles de cinéma de Paris, en plein coeur du 10ème arrondissement
Une série de rachats à l’origine de son abandon
Racheté dans les années 30 par le géant du cinéma international Pathé, le Louxor perd sa décoration égyptienne vers 1954 pour adopter un style plus moderne, arborant couleurs roses et moquettes en velours.
Si ses toitures sont reconnues et inscrites en 1981 dans la liste supplémentaire des monuments historiques, cela n’empêche pas sa fermeture le 29 novembre 1983 après sa dernière projection : celle du film «Quaid» de Atma Ram. Il est alors racheté par la société de textile et bazar TATI, située à deux encâblures, qui en fait deux grandes boîtes de nuit, lesquelles figurent rapidement des échecs commerciaux. Le bâtiment est ainsi laissé à l’abandon, à partir de 1990.
Une mobilisation collective
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’histoire ne s’arrête pas là.
à partir des années 2000, des associations locales telles que Histoire et Vies du 10ème, Action Barbès, des habitants des arrondissements limitrophes et des personnalités du monde des arts et de la culture ont commencé à se mobiliser pour sauver le Louxor de l’oubli. L’objectif était alors de faire pression collectivement sur la Ville de Paris pour qu’elle rachète le bâtiment à la société TATI et investisse dans sa réhabilitation. Suite à cette mobilisation massive, à grand renfort de pétitions et manifestations devant le Louxor, le 26 avril 2003, le maire de Paris, à l’époque M. Delanoë, accepte finalement le rachat.
C’est ainsi qu’en 2008, le projet de restauration est confié aux architectes Philippe Pumain et Christian Laporte, qui vont redonner au cinéma sa splendeur d’origine.
à partir de photographies d’époque, ils travaillent à redonner au cinéma ses mosaïques multicolores et ses vitraux d’antan, en recomposant la façade et les décorations égyptiennes.
En 2009, les acteurs de la mobilisation ayant permis le rachat s’organisent en association : « Les amis du Louxor », l’objectif étant dorénavant de veiller au bon déroulement des travaux. Ensemble, collectifs locaux et architectes remettent sur pied ce bijou du cinéma, recréent la grande salle de 1921, qu’ils baptisent Youssef Chahine, du nom du célèbre réalisateur et pionnier du cinéma égyptien.
Aujourd’hui, le Louxor est un cinéma d’Arts et d’Essai, qui propose une programmation diversifiée mêlant cinéma étranger, festivals et associations pour jeune public. Sa réhabilitation a permis de redynamiser un quartier longtemps en manque d’infrastructures culturelles, et de redonner sa place sociale à l’art et au cinéma.
Pendant la crise du Covid-19, les institutions culturelles – notamment cinématographiques – ont subi leur lot de difficultés économiques, les salles de cinéma ayant été contraintes de fermer temporairement et la production de films ayant été interrompue.
Le cinéma continue toutefois de jouer un rôle essentiel dans notre société, reflet de nos imaginations, de nos peurs et de nos rêves. Ce pilier de la culture du siècle passé, fort de son rôle cathartique prégnant aujourd’hui encore, appelle à être soutenu, comme ont su le soutenir les associations cités dans cet article !
Article réalisé par Maud Perez, anciennement service civique au CRL10