Tous les articles

Apprendre à canaliser son énergie

Depuis deux ans, le CRL10 accueille des collégiens exclus temporairement des établissements Valmy, la Grange aux Belles et Françoise Seligmann. Grâce à des actions de responsabilisation, l’objectif est d’apprendre aux jeunes à mieux canaliser leur énergie à travers un autre cadre pédagogique.

“Il y en a une qui ne voulait plus lâcher son ver de terre” se souvient Gunnel en souriant, à l’évocation d’une jeune fille venue travailler à Terres de Jemmapes. Exclue temporairement de son établissement, celle-ci avait eu la possibilité, comme de nombreux autres jeunes cette année, de participer à l’entretien du jardin dans le cadre du dispositif de responsabilisation des jeunes. “Une chance” selon Stéphane Emin, directeur du centre de la Grange aux Belles, qui souligne que le CRL10 est aujourd’hui le seul organisme à proposer ce type de mesures dans le 10ème arrondissement.

Une dynamique relancée

L’idée d’un dispositif de responsabilisation a émergé il y a deux ans, à l’arrivée de Marie-Charlotte Pestourie dans l’équipe de développement local. En lien avec Stéphane depuis plusieurs années, grâce à des collaborations menées avec la Police Fédérale Préventive (PFP) et des mesures de responsabilisation portées par Sandrine Lefranc, ils ont eu l’idée de relancer cette dynamique au sein du CRL10. Ensemble, ils ont échangé avec l’équipe d’Action Collégiens du collège Valmy afin de co-construire le projet.

Très vite, Alexandre Alpha de l’équipe pédagogique de l’établissement, a alors pris l’habitude de faire appel au CRL10 lorsque des exclusions temporaires étaient prononcées. Le dispositif s’est ensuite élargi à d’autres collèges, permettant à des élèves de la Grange aux Belles et de Françoise Seligmann d’y participer. Les jeunes ont été accueillis au centre de la Grange aux Belles dans un premier temps, où ils prenaient part à des missions de maintenance et d’accompagnement à la scolarité. Puis, ils ont pu contribuer à l’entretien du jardin de l’espace Jemmapes, sous le regard attentif de Gunnel. Chaque matin, ils aident à la réalisation des tâches du jour : tailler, rempoter et arroser les végétaux, donner à manger et à boire aux oiseaux…

Découvertes et connexions

Certains se sont ainsi découvert un amour de la nature. “Il y a quelque chose d’apaisant dans le fait de prendre soin d’un être vivant. On est obligé de faire attention à ses gestes. Et on ouvre sa conscience au sensible, aussi. Plusieurs gamins m’ont même confié qu’ils voulaient continuer à travailler avec des plantes”, explique Gunnel. 

A travers ces activités, les jeunes expriment leur énergie de manière constructive et expérimentent un nouveau rapport à l’autorité, en dehors des cadres traditionnels de l’école ou de la famille. “Le cadre moins formel leur permet d’apprendre à mieux canaliser leur frustration et leurs mouvements d’indiscipline”, souligne Stéphane. Laury, stagiaire DESJESPS CPA à la Grange aux Belles, pense notamment à Nouria*, 15 ans, exclue pour une bagarre il y a six mois. “Le feeling est passé entre nous, et depuis, elle passe dès qu’elle peut”. Son passage dans les centres semble avoir été une expérience enrichissante. “Je la trouve beaucoup plus épanouie aujourd’hui” affirme Laury.