©Mairie de Paris – Le canal Saint-Martin de Marie-François Firmin-Girard (début du XXe siècle).
En 2024, l’association Histoire et Vies du 10e a consacré un ouvrage aux années 1920 dans le 10e arrondissement. Élaboré avec le soutien de la Mairie du 10e, Paris 10e/Années 20 : D’un monde à l’autre s’attache à mettre en lumière l’histoire sociale du quartier. Des récits qui font revivre le canal Saint-Martin, les gares, les boulevards mais aussi des lieux plus secrets, comme l’ancienne prison Saint-Lazare.
Raconter les histoires oubliées du roman national. Tel est l’objectif que s’est fixé Marie-Ange Daguillon, présidente de la société historique Histoire et Vies du 10e, ainsi que les six autres membres qui ont participé à l’écriture de Paris 10e/Années 20 : D’un monde à l’autre. Loin d’une histoire officielle, “à la Stéphane Bern”, le livre se concentre sur les transformations politiques et sociales qui ont marqué la vie du 10e arrondissement dans les années 1920, à travers la vie de citoyens ordinaires ou de personnages méconnus.
La modernité en perspective
Le projet naît d’abord de l’envie de prolonger l’exposition “La voix des femmes”, organisée en 2023 pour fêter les vingt ans de l’association. “Nous avons voulu poursuivre cette démarche en réalisant cet ouvrage, qui se veut un reflet plus poussé de notre exposition” explique Marie-Ange. Un travail particulièrement soigné grâce au financement de la Mairie de Paris, qui a permis l’intervention d’un graphiste chargé de mettre en valeur les textes et images. Ainsi, les membres de la société historique ont choisi de se pencher sur les années 1920, une période charnière, riche en bouleversements, qui voit notamment l’irruption de la modernité.
“Les années 1920 ne sont pas que les années folles. D’ailleurs, c’est une expression galvaudée, qui ne prend son origine que dans les années 1960”, précise Marie-Ange. “Les années 1920, c’est l’après-guerre, une nouvelle vague d’immigrations et la venue de nouvelles populations. Il y a aussi la révolution russe qui suscite autant l’espoir que l’horreur. Les femmes disposent de davantage de liberté, notamment au niveau vestimentaire. En somme, c’est une période particulièrement riche, avec une modernité un peu inquiète en perspective.”
Une histoire vivante
Au-delà de la reconstitution du passé, l’ouvrage se veut le reflet “d’une histoire urbaine et vivante”, centrée sur les récits des hommes et des femmes qui ont façonné la vie de l’arrondissement. A travers leurs regards, l’on redécouvre ainsi certains lieux emblématiques, comme l’ancienne prison pour femmes Saint-Lazare, devenue la médiathèque Françoise-Sagan. Des figures oubliées émergent également, telle que la journaliste Andrée Viollis, pionnière du reportage de guerre et d’investigation, à l’instar de son contemporain, Albert Londres.
Enfin, ce point de vue permet une lecture plus fine du présent, en tissant des parallèles avec des discours et des politiques du passé. “On voit des choses qui ne sont pas si lointaines et qui ont l’air toujours d’actualité”, souligne Marie-Ange. Par exemple, la propagande nataliste de l’après-guerre, qui invitait les femmes à “réintégrer leur rôle de mère pour refaire des enfants”, semble étrangement résonner avec des prises de parole récentes, comme l’appel à un certain “réarmement démographique”.