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Mieux s’orienter grâce au carrefour des métiers

©Claire Vlahopoulos – L’équipe de Like ton Job a organisé le carrefour des métiers à l’espace Jemmapes le mardi 29 avril. 

Le mardi 29 avril, l’association Like ton Job a organisé un carrefour des métiers à l’espace Jemmapes. L’objectif : permettre à des collégiens de quartiers populaires de découvrir des métiers d’avenir et d’échanger avec une trentaine de professionnels venus partager leur parcours. Une opportunité précieuse pour les aider à mieux s’orienter et à élargir leurs perspectives.

“Ici, qui connaît les trois types de troisième ?” demande vivement Jordane, membre de l’équipe Like ton job. Autour d’elle, une quinzaine d’élèves de quatrième se ventile, écrasés par la chaleur. La moitié lève la main. Installée dans le hall de l’espace Jemmapes, l’animatrice présente les différentes voies d’avenir de la troisième au master. Ses explications, claires et rapides, sont ponctuées de temps à autre par la démonstration de fiches explicatives. Les élèves, crayons à la main, l’écoutent attentivement.

Issus des collèges Valmy, de la Grange aux Belles et Françoise Seligmann, ils se déplacent depuis le début de la matinée d’ateliers en ateliers, et découvrent diverses activités grâce aux intervenant·e·s présent·e·s à l’espace Jemmapes. Regroupés en cinq catégories (“les métiers qui assurent le quotidien”, “qui prennent soin de nous”, “qui mettent la main à la pâte”, “qui nous protègent” et “qui préparent l’avenir”), les jeunes ont ainsi l’occasion de rencontrer un florilège de professionnel·le·s : pâtissiers, infirmiers, coiffeurs, agents de sécurité, policiers, et même conducteurs de trains. Un parcours minutieusement préparé et chronométré par les bénévoles de Like ton job.

Restaurer la confiance

Créée il y a huit ans, l’association a pour objectif de soutenir les élèves de milieux populaires en organisant, dans les collèges, des interventions menées par des partenaires professionnels, des “passeurs de passion”. Une “belle opportunité d’ouvrir des possibilités d’avenir aux jeunes” selon Bruno, alternant au pôle communication. “Il n’y a encore pas si longtemps que ça, j’étais à leur place, et je sais ce que ça fait d’être largué. Cela me semble donc d’autant plus important de mettre en place des événements comme celui-ci”, explique-t-il un petit sourire au bout des lèvres.

Opinion partagée par la présidente de l’association, Caroline Grillo, qui s’est dite enchantée par le bon déroulé du carrefour des métiers programmé pour la première fois au sein d’une structure associative. “Grâce à nos méthodes, ces interventions offrent des récits qui impactent efficacement les jeunes par des effets de jeux de miroirs. Cela leur permet de se reconnecter à la figure de l’adulte, de restaurer la confiance et de les ancrer dans une réalité concrète”, souligne-t-elle.

Une trentaine d'intervenants

Dans la Rotonde de l’espace Jemmapes, un petit groupe d’élèves se bouscule pour trouver une place. Bientôt, ils sont répartis en deux groupes. Le premier fait face à Guillaume, agent de sécurité privé au Jardin des Plantes. Bien qu’un peu hésitant au départ, sa bonhomie naturelle et ses traits d’humour captent rapidement l’attention des jeunes. “Savoir faire des blagues est un atout dans notre métier, parce que cela permet de désamorcer pas mal de situations”, glisse-t-il à ce propos.

Ancien professionnel du secteur médical, Guillaume s’est reconverti il y a un an en tant qu’agent de sécurité privé. Un choix assumé, qu’il ne regrette pas un instant : “Malgré les désagréments, je suis fier de mon métier. Et je veux transmettre ce que j’aime aux jeunes, leur donner le plus d’informations possibles à ce sujet”. Une volonté de partage qu’il explique aussi par les besoins en recrutement dans le secteur, qu’il aimerait voir s’ouvrir davantage aux femmes. “La sécurité, c’est pas qu’un métier de mecs. Il faut casser ce stéréotype de genre et encourager la féminisation de la profession”, lance-t-il particulièrement à l’attention des filles.

À sa gauche, trois femmes de la police nationale présentent leur métier. Elles appartiennent à la brigade MPCE (missions de prévention, de contact et d’écoute), une unité spécialisée dans la médiation. L’écoute des élèves se fait dans un silence religieux. “Bien que nous représentions l’ordre, l’empathie et la bienveillance sont au cœur de notre métier”, explique Sophie, déléguée à la communication. En uniforme, les policières parlent doucement, essayent à plusieurs reprises de faire participer les élèves.

Pourtant, on ne peut s’empêcher de remarquer le malaise des jeunes, particulièrement à l’évocation de certaines questions. “Vous avez déjà vu la police intervenir positivement ?” demande l’une d’elles. “Non”, répondent plusieurs tout bas. Une forme de défiance, qui n’est toutefois pas unanime.

Pour quatre garçons en filière UPEAA (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants) à la Grange aux Belles, la rencontre a été inspirante. Tout juste arrivé de Guinée, Sekou, 14 ans, s’imagine déjà devenir policier “pour attraper les voleurs et protéger la population”. Une ambition partagée par son camarade Ahmed, d’autant plus certain de s’engager : “Je suis content de les avoir rencontrées. C’est important pour moi car c’est un rêve que j’ai depuis tout petit.”