Pendant la saison des pluies, Kampala, la capitale ougandaise, prend des allures lunaires. Les sauterelles envahissent les rues. Les planches de zinc et les fils mal raccordés dans les arrière-cours des maisons donnent à la ville des allures d’aéronef. Installés dans des bidons une fois le soleil couché, des pans de tôle de plusieurs mètres de haut forment des cages en plein air dans lesquelles les insectes se précipitent. Le courant qui alimente les puissantes ampoules vertes provient de raccordements illégaux au système électrique déjà bancal. Aveuglés, les chasseurs de sauterelles sortent leurs lunettes de soleil en pleine nuit. La lumière brûle. L’épaisse fumée émanant des brasiers étourdit les sauterelles en plein vol. Elles sont des milliers à virevolter dans le ciel, cueillies encore vivantes par des chasseurs habiles, prêts à passer la nuit dehors.
Auteure photographe indépendante, Eugénie Baccot développe une approche documentaire, hautement humaine des sujets auxquels elle se consacre en France ou à l’étranger. Intéressée par le quotidien de communautés peu conventionnelles, elle porte son intérêt sur des sujets originaux : les cow-girls en Californie ou les métalleux au Botswana. Ses années passées en Afrique lui ont permis de produire des sujets originaux pour la presse (Washington Post, GEO, Stern, Newsweek Japan, Paris Match, Le Monde…). Sa série Nsenene Paradise réalisée en Ouganda a reçu le Prix Canon du International Women In Photo Association (IWPA) en 2022.











